Le procureur général de Bolivie, Roger Mariaca, à La Paz, le 22 octobre 2024 après sa nomination ( AFP / AIZAR RALDES )
Le gouvernement bolivien a annoncé jeudi avoir démantelé une organisation criminelle "infiltrée" dans le système judiciaire, après l'arrestation du procureur général Roger Mariaca à qui les États-Unis ont retiré le visa pour des liens présumés avec le narcotrafic.
Les faits qui lui sont reprochés concernent "le blanchiment d'argent et le trafic illicite de stupéfiants", a déclaré le ministre de l'Intérieur Marco Antonio Oviedo lors d'une conférence de presse.
"Le parquet général bolivien, dirigé par Roger Mariaca, était devenu une organisation criminelle destinée à favoriser et à protéger le narcoterrorisme", a-t-il ajouté.
M. Mariaca a été interpellé mercredi soir à l'aéroport de Santa Cruz (est), en même temps que le procureur du département Alberto Zevallos.
Le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a salué sur X "les actions de la Bolivie (qui) témoignent du type de leadership nécessaire pour rendre notre hémisphère plus sûr, plus fort et plus prospère".
La Bolivie, dirigée depuis novembre par le président de centre droit Rodrigo Paz, après 20 ans de gouvernements socialistes sous Evo Morales (2006-2019) puis Luis Arce (2020-2025), a rejoint le "Bouclier des Amériques", une coalition d'une quinzaine de pays alliés pour lutter contre le trafic de drogue dans la région sous la houlette de l'administration Trump.
"Ce sont les États-Unis qui gouvernent", a fustigé Evo Morales depuis son fief politique du Tropique de Cochabamba (centre), dans une interview à la radio Kawsachun Coca.
Du cash dans une ambulance
Le ministre Oviedo a également indiqué que quatre personnes avaient tenté dans la nuit de sortir de l'argent liquide du domicile de M. Mariaca à bord d'une ambulance. Des liasses en devises bolivienne et américaine représentant environ 300.000 dollars ont été retrouvées dans le véhicule, selon un rapport du ministère de l'Intérieur.
Au total, quatre procureurs, six employés du parquet et les quatre personnes se trouvant dans l'ambulance ont été arrêtés, selon le ministre, qui a précisé que les procureurs seraient présentés à la justice ordinaire.
L'avocat de M. Mariaca, Romel Ipamo, a déclaré à des médias locaux que son client "collaborera pleinement", demandant que "la procédure régulière soit respectée".
Le parquet général a indiqué que Luis Montaño Morales assurait désormais l'intérim de Roger Mariaca. Le gouvernement a toutefois refusé de reconnaître cette nomination, estimant qu'il s'était illégalement placé à la tête de l'institution.
Le porte-parole de la présidence, José Luis Galvez, a affirmé que M. Montaño était "recherché" et "allait être arrêté", sans préciser sur quelle décision judiciaire reposait cette annonce.
Le Parlement doit tenir vendredi une session d'urgence pour tenter de désigner un nouveau procureur général.
Coopération avec Washington
MM. Mariaca et Zevallos ont été inscrits lundi sur une liste noire du Département d'État américain, aux côtés de juges, fonctionnaires ou entrepreneurs de Bolivie, Colombie, Pérou et Équateur, accusés par Washington de corruption, de liens avec le narcotrafic ou de complot contre leurs gouvernements respectifs.
Selon Washington, Roger Mariaca a reçu des "pots-de-vin pour faciliter le narcotrafic et aider des criminels violents à échapper à la justice".
Ce dernier avait immédiatement nié ces accusations et dénoncé un acte "d'ingérence" et de "pression politique" en raison de ses enquêtes.
Le ministre bolivien de l'Intérieur a précisé que l'opération ayant conduit à son arrestation avait été menée avec la "coopération du gouvernement américain par l'intermédiaire de ses agences", qui collaborent à "la lutte contre le terrorisme".
Il a souligné que lorsque Roger Mariaca était procureur de Santa Cruz, en 2023, le baron de la drogue uruguayen Sebastian Marset avait été arrêté puis relâché, tandis queses biens confisqués lui avaient été restitués.
Arrêté de nouveau en mars puis expulsé vers les États-Unis avec le soutien de l'agence américaine antidrogue, le narcotrafiquant avait affirmé que M. Mariaca était "son ami" et qu'il "le protégeait", a déclaré plus tard M. Oviedo à Radio Panamericana.

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